LES TEMOIGNAGES

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Bulot, lampiste au temple en 1792, croyait farouchement que Louis XVII était mort dans sa prison… en 1835, il tomba en larmes à ses genoux…

En 1835 vivaient encore à Paris deux témoins des évènements terribles qui accablèrent la famille royale au Temple, près de 40 années auparavant :

- L’un, devenu un vieillard, dénommé Bulot avait été dans sa jeunesse ferblandier-lampiste et chargé de tout le service intérieur de la forteresse depuis le 13 août 1792, jour où Louis XVI et ses proches y furent incarcérés ; il croyait - aussi dur que le fer de ses lampes - à la mort du Dauphin au Temple et traitait d’intrigant quiconque avait l’audace d’affirmer le contraire.

- L’autre, un républicain farouche et intègre, dénommé Fougère, avait été, à la même époque, lampiste-mécanicien ; un peu plus âgé que Bulot en ce temps-là, il était appelé « l’oncle ».

Ce fut aussi vers eux – parmi tant d’autre personnes - que se tourna Maître Bourbon-Leblanc, avocat plaidant l’identité royale de « Naundorff », pour les confronter à ce dernier et en recueillir le témoignage. Il savait que Bulot et Fougère étaient de braves et rudes gaillards qu’aucune ruse ou malhonnêteté ne pouvaient circonvenir.

La rencontre eut lieu chez Fougère où s’était rendu Bulot. Connaissant leur intransigeance quant à leur certitude du décès de Louis XVII au Temple, M. Bourbon-Leblanc avait convenu avec « Naundorff » d’entamer une vague conversation sur leur ancien métier de manière à ne point éveiller une réaction violente de rejet. La discussion s’engagea donc sur un sujet indifférent puis l’avocat, comme par accident, parla du Temple dont il ne restait que des vestiges depuis sa démolition en 1808. Bulot s’enflamma alors devant les souvenirs de sa jeunesse qui renaissaient ainsi et décrivit avec passion et de façon détaillée l’intérieur de cette prison, de la nature de ses services, de la famille royale, de la vie quotidienne de celle-ci, des appartements qu’elle avait occupés.

A ce moment-là, le faux « Naundorff », dont l’émotion se refléta sur son visage, interrompit brusquement Bulot en lui faisant remarquer les quelques erreurs glissées dans son récit. Le lampiste le regarda avec stupéfaction et lui dit :

« Qui êtes-vous donc, Monsieur, pour vous permettre de rectifier mes souvenirs ? Vous êtes bien jeune ; les enfants n’entraient pas dans la tour du Temple, et vous ne pouvez la connaître que par ouï-dire ».

Alors Louis XVII, le faux « Naundorff », la construisit en dessin telle qu’elle était en 1792 ;

Plan de la tour du temple en 1792

il précisa les lieux, l’emplacement des portes et le sens de leur ouverture, en dehors ou en dedans, comment et dans quelle circonstance les abat-jours avaient été posés. Comble d’audace, il interrogea le lampiste dont la mémoire s’embrouillait et continua une description exhaustive des lieux, la grande et la petite tour avec la soupente à laquelle on accédait par une communication entre elles deux (Plan que fit en 1793 l’architecte Burlat et que l’on retrouva au début du XX° siècle, plus 50 ans après la mort, en 1845, de Louis XVII) ; il décrivit un objet spécifique placé en face du lit de Louis XVI et les murs placardés d’écrits sur le petit espace unissant la chambre du Roi à celle de Cléry, son valet.

Bulot, ébahi, sentit son cœur palpiter et, les yeux emplis de larmes, il tomba à genoux en s’écriant :

« Vous ne pouvez être que le fils de Louis XVI ! »

Fougère, qui avait assisté à cet entretien sans mot dire, lui, le farouche républicain, fut saisi aussi d’émotion et dit à « Naundorff » en lui serrant la main :

« J’ai toute ma vie détesté les Rois ; je les abhorre toujours : mais vous, vous avez été leur victime ; si vous avez besoin de mes services, comptez sur moi. Je me dévoue, corps et âme, au triomphe de vos droits légitimes, non pas pour vous replacer sur un trône sanglant que vous ne pouvez désirer mais pour vous faire restituer votre nom, la vie civile et l’héritage qui vous appartiennent ».

Ce récit de M. Bourbon-Leblanc (« Le véritable Duc de Normandie ou la réfutation de bien des impostures ») fut conforté p ar de nombreux témoins du temps, notamment par Maître Briquet, ami de Fougère et avocat républicain qui défendit Louis XVII dans l’affaire Thomas.


Lettre du Baron Thugut, Ministre de l’intérieur de l’Empereur d’Autriche à M. Stahrenberg, Ambassadeur d’Allemagne à Londres (Archives de d’Allemagne)
Johan Amadeus Von Thugut ( 1736-1818)

Ecrite le 11 juillet 1795, soit un mois après le supposé décès de Louis XVII au Temple.

« Jusqu’ici une reconnaissance prématurée de Monsieur (le Comte de Provence) comme Roi nous semble présenter beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages. L’on pourrait même être étonné en quelque sorte que Monsieur se pressât de pende le titre de Roi, PUISQU’EN EXAMINANT LES CHOSES DE PLUS PRES, IL N’EXISTE AUCUNE CERTITUDE LÉGALE DU DÉCES DU FILS DE LOUIS XVI.

SA MORT, jusqu’à présent, N’A AU FOND D’AUTRE PREUVE QUE l’ANNONCE DU MONITEUR, ET TOUT AU PLUS UN PROCES VERBAL FAIT PAR ORDRE DES BRIGANDS DE LA CONVENTION et par des gens dont toute la déposition est fondée sur ce qu’on leur aurait présenté le corps d’un enfant mort, qu’on leur aurait assuré être le fils de « Louis Capet ». J’avoue…. Qu’il n’en serait pas moins possible que les chefs des scélérats de la Convention EUSSENT JUGÉ DE LEUR INTÉRÊT DE PUBLIER SA MORT EN SE RÉSERVANT CEPENDANT DANS UN LIEU SÛR ET IGNORÉ CE DÉPÔT PRÉCIEUX comme une dernière ressource dans les dangers dont un changement des circonstances pourrait les menacer ».


La Comtesse d’Adhémar

Gabrielle Pauline Bouthillier de Chavigny, Comtesse d’Adhémar par mariage, après avoir servi la Reine Maire Leszczynska devint, des années après, Dame du Palais auprès de la Reine Marie-Antoinette jusqu’en 1789. Elle fut témoin de nombreux évènements liés à la dernière Souveraine légitime de France.

En 1799, quatre ans après le prétendu décès de Louis XVII, elle précise dans ses « Souvenirs » :

« Certes, je ne veux en aucune manière multiplier les chances qui s’offriront à des imposteurs, mais en écrivant ceci au mois de mai 1799, je certifie, sur mon âme et conscience, être positivement sûre que Sa Majesté Louis XVII n’a point péri dans la prison du Temple.

Mais, je le répète, je ne me charge point de dire que le Prince est devenu. Je l’ignore. »

Comtesse d’Adémar - Souvenirs sur Marie-Antoinette- tome III, livre XIX, page 142.

Portrait supposé être celui de Gabrielle Pauline Bouthillier de Chavigny, Comtesse d’Adhémar (1735-1822)

Précisons que cet ouvrage, paru en 1836, fut attribuée à Etienne-Léon Caron La Mothe-Houdancourt (1786-1864) appelé aussi Lamothe-Langon. Celui-ci fit de nombreuses erreurs quant aux usages de la Cour de Louis XVI et autres fantaisies. Ceci fut un discrédit qui ternit l’authenticité de ces « Souvenirs ». Or il est surprenant, de trouver dans cet écrit des précisions que nul, si ce n’est un témoin authentique de l’époque, ne pouvait connaître. Il est patent que Lamothe-Langon, auteur d’autres romans à prétention historique présentés en « Mémoires », s’est, réellement soucié de la véracité des faits rapportés, contrairement à la calomnie qui l’avilit. De fait, il rédigea ces « Souvenirs » après avoir reçu des confidences très détaillées de la Comtesse d’Adhémar avant la mort de celle-ci en 1822. Une preuve de cette authenticité est donnée dans une note de I. Copper-Oakley, au Chapitre III de son ouvrage The Comte de Saint-Germain, the Secret of Kings , (Londres – 1912) : « ….j’ai pu obtenir cet ouvrage (« Souvenirs sur Marie-Antoinette ») et l’actuelle Comtesse d’Adhémar (descendante vivant fin du XIX° siècle) m’a informé qu’il existe des documents concernant le Comte de Saint-Germain dans les papiers de sa famille (le Comte de Saint-Germain est mentionné dans ce livre)… Les documents sont en Amérique. » Ceux-ci prouvent que Lamothe-Langon n'écrivait pas des fadaises.


Napoléon, Joséphine et l’évasion de Louis XVII du temple…

Napoléon rapporte dans ses « Mémoires » avoir eu connaissance de l’évasion de Louis XVII du Temple (« Mémoires de Napoléon 1er », p. 211).

Mais écoutons aussi Talleyrand, qui fut dans le secret de toutes choses :

« À entendre Joséphine, Napoléon obtint, dès ce jour-là, la preuve entière et irréfragable de l’existence de Louis XVII ; il en recueillit de toutes parts des lumières si bien que souvent il disait dans son entourage : ‘Quand je voudrai, je sèmerai la discorde dans la famille du Prétendant (le Comte de Provence) »

Talleyrand – « Mémoires » tome III, chapitre XII, p. 289.

Labreli-de Fontaine, secrétaire particulier de la Duchesse d’Orléans, nous apprend aussi que

« Personne, mieux que Fouché, n’a pu être à même de certifier l’évasion de Louis XVII ; il a eu entre les mains les documents authentiques qui constatent cet événement. Bonaparte lui-même n’en a fait aucun doute ».

Labreli-de Fontaine -« Révélations sur Louis XVII – Duc de Normandie » -partie II, p. 183 - Paris-1832.


Déposition de Jean-Baptiste de Brémond, reconnaissant en « Naundorff » le Roi Louis XVII, qu’il connut « dauphin » à Versailles et aux Tuileries entre 1788 et 1792.

Ce texte fut produit en justice, effectué sous serment, et dressé par le Tribunal du District de Vevey, en octobre et novembre 1837.

Jean-Baptiste de Brémond d’Ars - membre d’une famille qui figure dans l’Armorial des principales Maisons du Royaume établi par P. Dubuisson en 1757 à la demande de Mme de Pompadour – fut Député du Tiers-Etat aux Etats Généraux pour la Provence en 1789. Ami apprécié du Roi Louis XVI qui lui confia plusieurs missions, il approcha la Famille Royale à Versailles et rencontra de ce fait de multiples fois celui qui devint le Dauphin le 4 juin 1789 – à la mort de son frère aîné, Louis Joseph. Il fut, de 1791 à 1792, le Secrétaire particulier de Louis XVI aux Tuileries où il vit également souvent le futur Louis XVII. Après le 10 août 1792, il se réfugia avec Terrier du Monciel (dernier Ministre de l’Intérieur de Louis XVI) en Suisse.

Jean-Baptiste de Brémond (1760-1839)

M. de Brémond fut convoqué pour être entendu par le Tribunal de Vevey en 1837 afin de répondre à une interrogation de la police de Louis Philippe 1er en date du 12 août 1837 (ce Roi, décidément, s’intéressait trop obstinément au sort de cet individu « Naundorff » pour ne pas penser ce que celui-ci était plus qu’un simple « imposteur »…).

Il commença par préciser qu’il se trouvait en Suisse en 1795 et que Son Excellence Avoyer Steiguer le fit appeler pour lui dire qu’il avait été informé par les courriers expédiés par les Généraux vendéens se trouvant à Vérone que le jeune Prince (Louis XVII), n’était pas mort au Temple mais qu’on l’avait au contraire, sauvé de prison.

Voici la suite de l’interrogatoire :

Q. - Etiez-vous à Paris en 1792?

R. - J'ai vécu à Paris dès 1786 comme Député de l'administration des Etats de la Province de Provence et j'y suis resté encore pendant environ quarante jours après le 10 août 1792. Dès lors je ne suis plus retourné à Paris jusqu'en novembre 1819.

Q. - Avez-vous été secrétaire intime du Roi Louis XVI?

R. - J'ai été secrétaire particulier du Roi Louis XVI, honoré de sa confiance et je l'ai été dès le commencement de 1788 jusqu'au 10 août 1792.

Q. - Avez-vous vu en 1788, ou dans le courant des années suivantes, Charles Louis de Bourbon fils de Louis XVI?

R. - Je l'ai vu de près diverses fois dès 1788 au 10 août 1792 mais je ne me rappelle pas lui avoir parlé à ces époques là. Je l'ai vu bien des années plus tard et je m'expliquerai à cet égard lorsqu'il me sera fait une question précise sur ce point. (Il s’agit de la rencontre avec Louis XVII en 1803 lorsque ce dernier avait fui la France et s’était refugié en Suisse).

Q. - A quoi avez-vous reconnu le Prince?

R. - En particulier en ce qu'il connaissait la cachette faite par son père, dans le palais des Tuileries, cachette que lui seul pouvait connaître, comme ayant été le seul présent, lorsque son père l'a fermée. De plus par plusieurs autres détails que le Prince m'a communiqués et qu'il s'est réservé de rendre publics lui-même. Les détails qu'il m'a donnés sur la cachette des Tuileries sont pour moi une preuve évidente de l'identité de la personne.

Q.- Comment avez-vous eu connaissance de la cachette des Tuileries?

R. - Par S.M. le Roi Louis XVI auquel je fis observer, par l'entremise de Monsieur de Montciel, alors ministre de l'Intérieur, que l'armoire de fer qui recélait des papiers secrets, pourrait être découverte en des temps de malheur et qu'il fallait enlever de là ce qui était convenable. Le Roi répondit que cela était déjà fait et que voulant prévenir le cas de sa mort, il avait déposé, dans une cachette secrète faite en présence de son fils seul, les documents authentiques dont son fils aurait besoin un jour pour sa conduite. C'est M. de Monciel qui m'a rapporté la réponse du Roi.

Et M. de Brémond de continuer :

«  Je regrette que le gouvernement français ait choisi la voie qu’il prend pour éclairer sa justice ; je déplore surtout que le magistrat français invoque mon témoignage pour éclairer la justice dans une cause qu’il dit être chargé d’instruire contre M. Naundorff, se disant fils de Louis XVI, comme prévenu d’escroquerie. Il regrettera sans d’être tombé dans une telle erreur et, après avoir entendu mon témoignage, il sollicitera ses supérieurs de l’autoriser à le brûler en gémissant du triste rôle que sa position l’a soumis de jour ».

« Je confirme ici tout ce qui m’est personnel sur la manière dont j’ai reconnu en sa présence (celle de Naundorff), dans le prétendant, le véritable fils de Louis XVI. Je déclare solennellement devant Dieu et devant les hommes qu’il n’existe sur terre que le véritable fils de Louis XVI qui eut connaissance de la cachette mentionnée (aux Tuileries) ayant été seul, avec son auguste père, lorsqu’il fit le dépôt de la cassette ; j’ajouterai pour SAR Mme la Duchesse d’Angoulême que la cassette qui renferme des souvenirs des martyrs, ses augustes parents, a été fabriquée de la main du Roi Louis XVI, quelle a été cachée en la présence de son frère SEUL (en majuscule dans le texte) et qu’il n’y a que lui seul sur la terre qui connaisse le lieu où elle a été déposée e qu’elle présente un moyen certain pour elle de reconnaître son frère car elle a dû être informée au Temple qu’une cachette existai aux Tuileries et par les fouilles qu’on y a faites pendant le premier séjour de Louis XVIII à Saint Cloud. »

« … je sais encore que le gouvernement autrichien possède sur cet objet (’évasion de Louis XVII du Temple) un document des plus précieux (le Gouvernement autrichien avait reçu en août 1795 le procès verbal de l’évasion ; c’est pour cela qu’il n’a donné à Louis XVIII, par la suite, que le titre de « Régent »).

Mais quelle conséquence eut ce témoignage authentifiant l’identité de Louis XVII/Naundorff devant un Tribunal vendu aux intentions de Louis Philippe 1er et ayant décidé avance de ne pas en tenir compte ? Le substitut Dupré-Lasale balaya d'une phrase ce témoignage, discréditant ainsi et encore Naundorff, comme le souhaitait le gouvernement français.


Le Vicomte de La Rochefoucauld

Le Vicomte de La Rochefoucauld, ancien aide de camp de Charles X, précise que, voulant être impartial, il a examiné les deux positions opposées quant à la survivance de Louis XVII, et qu’en toute loyauté il écrit :

« La réflexion est obligée de convenir qu’a toute rigueur ce déplorable enfant a pu être retiré des mains de ses bourreaux, que, pour dérober sa tête à toutes les poursuites, il a du, vivre dans une obscurité et dans une agitation peu favorables à sa recognition subséquente, et qu’enfin, dans l’état de proscription, de trouble et de domination où l’Europe, a été tenue sous la Convention et l’Empire, il se peut rigoureusement aussi que le fils de Louis XVI n’ait jamais pu parvenir à se montrer et à faire valoir des droits qui auraient été un arrêt de mort pour lui et pour tous ceux, grands et petits, rois et sujets, qui se seraient exposés à le soutenir ! »

Vicomte de La Rouchefoucauld – « Mémoires » - tome V., p. 127 - Paris -1834


Déposition de Van Buren, conseiller du Roi Guillaume II des Pays Bas concernant « Naundorff »

Maître Van Buren, Conseiller du Roi Guillaume II des Pays Bas, nous précise comment son Gouvernement a été informé de la naissance royale de « Naundorff » :

« J’ai acquis un témoignage irrécusable de l’origine du Duc Normandie de la part de hauts fonctionnaires du Département de la Justice de la Haye, lequel a traité toute l’affaire depuis le commencement jusqu’à la fin. Ce fonctionnaire, chargé de la correspondance diplomatique, des Cours de Berlin et de Londres, des renseignements concernant la personne arrêtée (« Naundorff ») et son passeport, s’est trouvée saisi de reconnaissance de la vérité, TELLES QUE LE GOUVERNEMENT DE NOTRE PAYS ACQUIT LA CERTITUDE QUE LA PERSONNE DONT ON AVAIT RETIRÉ LE PASSEPORT A LUI DÉLIVRÉ COMME DUC DE NORMANDIE, ÉTAIT RÉELLEMENT LE FILS DE LOUIS XVI ».

Le nom de Louis XVII apparaissait ainsi officiellement en plein jour.

Quand « Naundorff » décéda à Deft, le 10 août 1845, les funérailles qu’offrit le Gouvernement des Pays Bas au pseudo Naundorff, à Louis XVII, fut à la hauteur de la découverte et de la certitude de la qualité du défunt :SON CERCUEIL FUT TRANSPORTÉ AU CIMETIERE PAR DES OFFICIERS ET DES SOUS OFFICIERS DE L ARMÉE ROYALE… Une délégation qui fut présidée par le Colonel de Bruyn REPRÉSENTANT LE ROI.

Maître Van Buren, Conseiller du Roi Guillaume II des Pays Bas

M. Van Buren prononça un discours en présence d’une foule immense et la pierre tombale que fit graver Guillaume II fut le triste hommage rendu par un Souverain à un autre Souverain : Louis XVII..

Ici repose Louis XVII, Charles-Louis, Duc de Normandie, Roi de France et de Navarre, né à Versailles de 27 mars 1785, décédé à Deft, le 10 août 1845.

En 1909, la Reine Wilhelmine des Pays Bas proposa de donner dossier Louis XVII au Gouvernement Français ; celui-ci refusa. Tant mieux, pourrait-on dire, car il était à craindre que ce dossier ne fût détruit.

Quant le Professeur Philippe de Boiry écrivit en 1996 à la Reine Béatrix des Pays Bas (dans l’affaire des analyses ADN), celle-ci ne répondit pas… Autres temps (ceux de Guillaume II et de la Reine Wilhelmine), autres alliances (celui de la Reine Béatrix)…

Il faut dire que depuis ce 8 juin 1795 à nos jours, la famille de Louis XVII et la descendance de celle-ci (oncles, cousins, petits cousins, etc ..des deux branches (Bourbon et Orléans) n’a JAMAIS, JAMAIS cessé de lutter pour tuer civilement ce Roi.

Comme le dit avec rage un soir de février 1820 son oncle, devenu Louis XVIII, au Duc de Berry, dans le dialogue que nous reproduisons (témoignage de Jacques Marcoux, ancien huissier de la Chapelle du Roi Louis XVIII) :

- Le Duc de Berry : « Je viens de répondre à mon cousin ! »

- Louis XVIII : « Quel cousin ? »

- Le Duc de Berry : « Le Duc de Normandie ! »

- Le Roi avec véhémence : « il est mort ! »

- Le Duc de Berry : « Non, il n’est pas mort : voilà sa lettre ! »

- Louis XVIII : « S’il n’est pas mort, IL EST MORT CIVILEMENT. »

Tout était dit. L’avenir de Louis XVII était scellé.


Don Carlos Isidorio de Bourbon, prétendant au trône d'Espagne à la fin du XIXème siècle :

" Je ne suis pas sûr du tout que l'affaire Naundorff soit une farce".

Déclaration faite à son ami et écrivain le Prince Henri-François de Valori,
publiée dans le journal "L'Avant Garde de l'Ouest" du 7 septembre 1895.


La Reine Isabelle II d'Espagne : " Les motifs….. pécuniaires seuls empêchaient la reconnaissance par la famille (de Bourbon) de l’identité de Louis XVII (Naundorff) »

Isabelle II, Reine d’Espagne (1830-1904)

Marguerite de la Tour du Pin Chambly de la Charce raconte dans ses Mémoires :

« La Marquise de Sardelys vint s’établir chez moi, à Paris, pour quelques mois. La Reine Isabelle II vint la voir. Naturellement, dans mon salon, il ne pouvait être omis de parler de la Cause (la survivance de Louis XVII). Précisément, j’allais partir pour Teteringen (en Allemagne où demeurait Louis-Charles de Bourbon -1831-1899- fils de Louis XVII ).

« La Reine Isabelle me dit :

« Portez mes vœux à mon cousin !... et dites-lui que je sais ce que l’on souffre en exil !... »

Ce « cousin » était le fils de « Naundorff » !

« Elle me parla longuement de Louis-Charles -Charles XI, fils de Louis XVII, haussa bonnement les épaules et dit « LES MOTIFS….. PÉCUNIAIRES SEULS EMPËCHAIENT LA RECONNAISSANCE PAR LA FAMILLE (de Bourbon) ».

"Je saisis l’occasion de lui demander si elle avait entendu parler du sacre de l’enfant-roi par Pie VI ? »

« C’EST UN FAIT QUE NUL BOURBON -de ma génération au moins ! - N’IGNORE ! PAS PLUS QU'AUCUN SOUVERAIN D’EUROPE ! » me répondit la Reine. »

Ces motifs jouent-ils encore aujourd’hui ?... Pourquoi la négation de ce que tout le Gotha sait…


Déposition de l’abbé Laprade, aumônier des Dames du Sacré-Cœur à Niort, par acte notarié :… « tous ont reconnu dans la personne de Naundorff le véritable Duc de Normandie.. »

« Je soussigné, Jean Baptiste Martin-Laprade, prêtre, déclare :…que j’ai été en relation avec d’anciens serviteurs de Leurs Majestés Louis XVI et Marie Antoinette, tels que Mme de Rambaud, attachée au berceau du Dauphin jusqu’à son entrée au Temple ; M. de Joly, Ministre de la Justice sous le règne de Louis XVI ; M. de Brémond, secrétaire du Roi ; M. et Mme Marco de Saint Hilaire, tous les deux attachés à la Cour. Tous ces personnages ont solennellement reconnu dans la personne de « Naundorff » le véritable Duc de Normandie. MM. Morel de Saint-Didier, l’Abbé Appert, M. Geoffroy, archiviste à Niort, Mme de Générès, nièce de Mme de Rambaud. M. le général Marquis de la Roche-Aymon et autres, que j’ai connus personnellement et qui, jusqu’à leur dernier soupir, sont restés fidèles à leurs convictions ».


Lettre en date du 16 mai 1909 de François BOISSY D'ANGLAS à Gabriel HANOTEAUX, Ministre des Affaires Etrangères:

François Boissy-d’Anglas

" Je suis allé en Hollande où sont les preuves de la légitimité des droits de la descendance de Louis XVII, mais je me suis heurté, de la part du gouvernement français, à son désir, qu'il m'a exprimé, de ne pas prendre parti OFFICIELLEMENT dans cette affaire"....

Entre d'une part, la République qui continue d'assassiner la Monarchie en récusant toute preuve de la survivance de Louis XVII et, d'autre part, les Royalistes qui restent envoûtés par les impostures de Louis XVIII, Charles X et Louis Philippe... la Vérité hurle toujours au fond du puits...


Premier témoignage de Madame de Rambaud, Berceuse de Louis XVII à Versailles, fait en décembre 1834

Elle était âgée ; elle redoutait les années. Et voici comment, le décembre 1834, elle s'exprime, dans cette déclaration qu'elle a voulu laisser dans l'intérêt de la vérité (elle a cependant aussi été entendue par la justice) :

« Dans le cas où je viendrais à mourir avant la reconnaissance du Prince, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, je crois devoir affirmer ici par serment, devant Dieu et devant les hommes, que j'ai retrouvé, le 17 août 1833, monseigneur duc de Normandie, auquel j'eus l'honneur d'être attachée depuis le jour de sa naissance jusqu'au 12 août 1792, et comme il était de mon devoir d'en donner connaissance à S. A. R. Mme la duchesse d'Angoulême, je lui écrivis dans le courant de la même année. Je joins ici la copie de ma lettre.

Les remarques que j'avais faites dans son enfance sur sa personne ne pouvaient me laisser aucun doute sur son identité partout où je l'eusse retrouvé.

Le Prince avait, dans son enfance, le col court et ridé d'une manière extraordinaire. J'avais toujours dit que si jamais je le retrouvais, ce serait un indice irrécusable pour moi. D'après son embonpoint, son col ayant pris une forte dimension est resté tel qu'il était, aussi flexible.

Sa tête était forte, son front large et découvert, ses yeux bleus, ses sourcils arqués, ses cheveux d'un blond cendré, bouclant naturellement. Il avait la même bouche que la reine et portait une petite fossette au menton. Sa poitrine était élevée; j'y ai reconnu plusieurs signes alors très-peu saillants, et un particulièrement au sein droit. La taille d'alors était très-cambrée et sa démarche remarquable.

C'est enfin identiquement le même personnage que j'ai revu, à l'âge près.

Le prince fut inoculé au château de Saint-Cloud, à l'âge de deux ans et quatre mois, en présence de la reine, par le docteur Joubertou, inoculateur des Enfants de France; et de la Faculté, les docteurs Brunier et Loustonneau. L'inoculation eut lieu pendant son sommeil, entre dix et onze heures du soir, pour prévenir une irritation qui aurait pu donner à l'enfant des convulsions, ce qu'on craignait toujours. Témoin de cette inoculation, j'affirme aujourd'hui que ce sont les mêmes marques que j'ai retrouvées, auxquelles on donna là forme d'un triangle.

« Enfin j'avais conservé, comme une chose d'un grand prix pour moi, un habit bleu que le Prince n'avait porté qu'une fois. Je le lui présentai en lui disant, pour voir s'il se tromperait, qu'il l'avait porté à Paris. — « Non, Madame; je ne l'ai porté qu'à Versailles, à telle époque. »

Nous avons. fait ensemble des échanges de souvenirs qui, seuls, auraient été pour moi une preuve irrécusable que le Prince actuel est véritablement ce qu'il dit être : l'orphelin du Temple.

Agathe VEUVE DE RAMBAUD, attachée au service du Dauphin,
Duc de Normandie, depuis le jour de sa naissance jusqu'au 12 août 1792.

Agathe Mottet épouse de Rambaud (1764-1853)
Deuxième témoignage de Madame de Rambaud, fait devant le juge d’instruction du Mans (Sarthe) le 12 juillet 1837.

Ceci est consultable dans les Archives départementales de la Sarthe.

« J'étais attachée au berceau du Prince Charles-Louis, Duc de Normandie, depuis sa naissance jusqu'au 10 août 1792, où je l'ai quitté aux Tuileries. J'étais tous les jours avec le Prince, je suis même toujours sortie avec lui, et je ne l'ai jamais perdu de vue.

« Je l'ai cru mort jusqu'à 1833. Mais, à cette époque, le Prince m'a été présenté par une dame de ma connaissance (Mme Albouys) sous le nom de Naundorf; du moins j'ai su depuis que c'était ainsi qu'on l'appelait à l'étranger. Je n'ai point le moindre doute sur l'identité du Prince ou de celui que j'appelle ainsi, et que je crois être le véritable fils de Louis XVI. Ses traits, des marques particulières dont il est porteur, et notamment celle de l'inoculation que j'ai vu faire, son port, sa ressemblance avec le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette, sont les motifs qui me déterminent très consciencieusement à penser qu'il est le véritable fils de Louis XVI.

« Je dois dire aussi qu'ayant connu mieux que personne tous les souvenirs de son enfance, j'ai pu m'en entretenir avec lui, et j'ai été frappée de l'exactitude de ses souvenirs, des détails dans lesquels il est entré, et de la fidélité avec laquelle il me les a sans cesse reproduits. Dans la crainte d'être surprise par la mort, j'ai cru devoir consigner dans un acte de dernière volonté l'expression de ma conviction. Cet acte a été saisi chez moi, le 15 juin dernier, lors d'une perquisition qui y a eu lieu. »

L’assassinat du Duc de Berry le 13 fevrier 1820 sur ordre de Louis XVIII

Déclaration de J. Jacques Marcoux, ancien huissier de la Chapelle du Roi Louis XVIII, faite en 1851 et rappelée au Tribunal en 1874, par Jules Favre, lors de sa plaidoirie dans Affaire Louis XVII/ Naundorff. Cette déclaration a été confirmée par Madame Delmas, nourrice du Duc de Berry, confirmant qu’il avait bien reçu une lettre de Louis XVII/ Naundorff et que le Duc en avait aussitôt parlé au Roi.

Assassinat du Duc de Berry

« Je soussigné, J.J.M. atteste que M. Petel, parent des huissiers du Cabinet du Roi Louis XVIII, m’a fait le récit suivant »

« « Peu de temps avant l’assassinat du Duc de Berry, ce Prince se présenta fort agité denter dans le cabinet, il dit aux huissiers : laissez-moi. Alors ils fermèrent la première porte et le Prince poussa la seconde un peu fort de sorte qu’elle revint sur elle-même et resta entrebâillée. La voix du Prince s’éleva très haut, ils écoutèrent et l’entendirent dire au Roi :

-Je viens de répondre à mon cousin !

- Quel cousin ? (répondit le Roi)

- Le Duc de Normandie !

-(le Roi avec véhémence) : il est mort !

- Non, il n’est pas mot : voilà sa lettre !

- S’il n’est pas mort, IL EST MORT CIVILEMENT. Ne savez-vous pas qu’après moi, vous êtes appelé à régner ?

Le Duc de Berry répondit : « Sire, la justice, plutôt qu’une couronne !

Le Roi, d’un ton violent, lui intima l’ordre de sortir sur-le-champ.

L’huissier, mon parent, en rentrant chez lui dit : « Le Duc de Berry est perdu ! Rappelez-vous qu’il est perdu ! » et ses parents lui demandèrent « Pourquoi » ? Pressé par eux, il raconta ce qui précède. En foi de quoi, j’ai signé à Paris le 15 mai 1851 » ; Signé Marcoux »

De fait, le Duc de Berry fut assassiné peu de temps après par Louvel le 13 février 1820.

Pourquoi alors, au lieu de croire en la version officielle (Louvel, fidèle à l’Empereur, assassina le Duc pour cette raison) la Chambre des Pairs vit René de Chateaubriand se lever et attaquer Decazes, le Ministre du Roi et donc indirectement le Roi, au sujet de ce meurtre ? Il dit : «  Le pied vous a glissé dans le sang, allez-vous-en !.. » Et de fait, Decazes démissionna et le Roi accepta cette démission !...

Decazes n’avait-il pas été mêlé, quelques temps avant, à l’assassinat du juge Fualdès à Rodez parce que ce dernier affirmait la survivance de Louis XVII ?


L’Abbé jouy, curé de Rambouillet, reconnaît en « Naundorff » Louis XVII – témoignage

Un ami de l’Abbé Jouy, M. Appert, écrit :

« J’eus l’honneur de présenter au Prince le 15 octobre 1833 M. l’Abbé Jouy, curé de Rambouillet. Dans la conversation, Jouy parla ainsi :

« Monseigneur, on se souvient toujours à Rambouillet que vous fûtes un jour perdu dans le parc, ce qui mit la Cour en grand émoi. On était occupé à vous chercher de tous côtés lorsque, au grand étonnement de tout le monde, vous arrivâtes tout seul au château. »

« Le Prince répondit : « Je m’en souviens bien ; j’étais bien petit alors ».

« M. Joy répondit : n’était-ce pas à l’aide d’une boussole que vous parvîntes à retrouver votre chemin ? »

« Oh ! non, dit le Prince, j’étais beaucoup trop petit, je ne connaissais même pas cet instrument. Ce fut à l’aide de différents bâtiments que je reconnus mon chemin. »

« Je crois que le prince nous dit qu’il se souvenait encore de diverses constructions qui existaient dans ce temps. Il ajouta que c’est beaucoup plus tard qu’il avait été égaré et qu’il s’était retrouvé avec une boussole dont son père lui avait enseigné l’usage avant de le soumettre à une seconde épreuve qui eut lieu, non pas à Rambouillet mais à Saint Cloud ; que la première fois ce fut tout à fait un accident tandis que la seconde, tout était préparé pour l’épreuve. »…

« Cette explication fut donnée sans la moindre hésitation, le Prince nous expliquant qu’il n’était pas possible que ce fut à Rambouillet qu’il eût fait usage de la boussole ; attendu que depuis 1789, qu’il avait été enlevé de Versailles, il n’y était jamais retourné, non plus qu’à Rambouillet. »

« Sur quoi, je pris la parole et je lui dis : « mon Prince, je croyais que vous étiez comme captifs aux Tuileries depuis que vous aviez quitté Versailles (au 6 octobre 1789). »

« Oh ! nous avons pu aller quelquefois à Saint Cloud ; nous n’avons pas toujours été également resserrés et c’est dans une de ces promenades que mon père fit sur moi cette expérience. »

« M. Jouy eut secrètement l’idée d’éprouver les souvenirs que le Prince manifestait. Quelques jours après cette visite, le Prince, passant à Rambouillet, s’arrêta chez M. le curé qui le conduisit dans les alentours du château pour voir ce qu’il reconnaîtrait. Il ne fut pas surpris de remarquer avec quelle précision le Prince lui indiqua les bâtiments qui existaient en 1788et qu’il reconnaissait. Quant à ceux qu’il ne retrouvait plus, parce qu’ils avaient été détruits depuis cette époque, il indiqua leur place ; enfin, il témoigna son étonnement à la vue de bâtiments nouveaux, malgré l’apparence d’ancienneté qu’on s’était étudié à leur donner ».

L’Abbé Jouy resta fidèle à cette reconnaissance qu’il eut de Louis XVII jusqu’à mort survenue le 14 janvier 1878.


« LOUIS XVII N’EST PAS MORT AU TEMPLE…. » : Le Comte de Chambord- 1858

Henri d’Artois, Comte de Chambord et Duc de Bordeaux (1820-1883), petit fils de Charles X, devint prétendant à la Couronne de France en 1844.

Henri d’Artois, Duc de Bordeaux, Comte de Chambord (1820-1883)

Il refusa de régner…

Le motif qu’officiellement on lui attribua concernait son refus du drapeau tricolore que Louis Philippe avait accepté.

En réalité IL SAVAIT que son cousin vivait.

La Marquise de Maleyssie déposa sous serment qu’au cours de l’année 1858 elle reçut directement la déclaration du Comte de Chambord, exilé à Froshdorf :

« Louis XVII n’est pas mort au Temple ; il s’est marié et a eu des enfants, je ne suis donc qu’un cadet ».

Les Ducs de Parme et Della Grazia démentirent ces paroles et pour cause : tout d’abord ils n’étaient pas présents quand le Prince fit cette déclaration ; ensuite, ils avaient hérité des biens de Madame Royale, celle-ci ayant hérité des biens devant revenir à son frère, supposé mort au Temple….


Témoignages d’Etienne de Joly

Lettre à Modeste Gruau de la Barre

Rappelons qu’Étienne Louis Hector de Joly (1756-1837) fut avocat au Conseil du Roi et devint Ministre de l’Intérieur puis Ministre de la Justice de Louis XVI le 3 juillet 1792. Son service aux Tuileries ne dura qu’un mois et sept jours car survint la tragédie du 10 août 1792. Il connut très bien Louis XVII enfant et témoigna de sa reconnaissance, dans la personne de « Karl Wilhelm Naundorff », du Roi Louis XVII à la suite d’une multitude questions-pièges qu’il posa à ce dernier.

Voici la lettre qu’il écrivit à Modeste Gruau de la Barre, avocat de Louis XVII, en réponse à celle, datée du 21 janvier 1837, que celui-ci lui envoya. Nous présentons les extraits les plus significatifs, ceux qui prouvent cette reconnaissance.

Etienne de Joly (1756-1837)

« ...et moi aussi, mon cher Gruau, j’étais, le 21 janvier, jour d’horrible et douloureuse mémoire, dans l’état de regrets, d’affliction qui se renouvellent tous les ans depuis quarante quatre ans. Jugez si dans ce moment inséparable de mon existence, je dois m’humilier sur la douleur et les sentiments de notre infortuné proscrit, je dis proscrit et non pas comme vous, simplement « exilé ».

« mettez, je vous en supplie, à ses pieds, mes vœux, mes regrets, mes espérances ; réitérez-lui sutout l’hommage de mon dévouement… »

« soyez donc assez bon, vous et le fils de la victime immolée (Louis XVI) pour me faire parvenir..

«  adieu, mon cher Gruau, mettez mes hommages respectueux, ceux de ma chère compagne, aux pieds de celui que nous vénérons tous… »

signé d. (pour Dejoly : la particule ayant été collée au nom pendant la terreur).

Il était impensable, totalement fantaisiste, d’imaginer que pareils hommages eussent pu être rendus par un homme, aussi suspicieux qu’honnête comme l’était Etienne de Joly, à un imposteur. D’ailleurs, reconnaître les imposteurs et autres racailles était de la compétence de M. de Joly, juriste et avocat.

Autre témoignage

M. Grau de la Barre rapporte ce qui suit :

« M. de Joly m’a raconté en détail les motifs de sa conviction (que Naundorff était bien Louis XVII)… L’orphelin du Temple lui décrivit avec une grande exactitude plusieurs gravures du temps qui l’avaient impressionné pendant son enfance et parmi lesquelles il en rappela qui représentaient les corps des membres de la famille royale, surmontés de têtes d’animaux. M. de Joly fut bouleversé et souverainement ému, m’a-t-il dit, de ces réminiscences si douloureuses de quelques scènes d’intérieur du Château (qu’il connaissait) où le reportait, avec tant de vérité, le fils de son ancien Maître.

Les souvenirs circonstanciés du Prince le frappèrent d’autant plus vivement que, de beaucoup de faits signalés, ce Ministre était le seul témoin qui survécut alors. Entre autres images, le Prince rappela une harpie surmontée de la tête de la Reine et il se souvenait avoir entendu dire à Louis XVI que cette harpie sortait de chez M. de le Comte de Provence ! »


Témoignage de Poulain du Fay en 1794 :

« En 1797, deux ans après la prétendue mort du fils de Louis XVI, je fus informé d’une manière positive par Madame de G… que le Duc de Normandie avait été sauvé du Temple et qu’il n’avait pu sortir du Temple qu’après le décès de l’enfant que le Comité de Salut Public avait fait passer pour lui (Gonnhaut, l’enfant scrofuleux, décédé le 8 juin 1795). J’ai appris, en outre, qu’en 1795, lors de son évasion, il fut transporté chez une dame d’origine allemande dont le mari avait été tué dans la journée du 10 août et qui demeurait à Paris, rue de Seine ».


Napoléon, Joséphine et l’évasion de Louis XVII du Temple…

«  Personne, mieux que Fouché, n’a pu être à même de certifier l’évasion de Louis XVII ; il a eu entre les mains les documents authentiques qui constatent cet événement. Bonaparte lui-même n’en a fait aucun doute » - Labreli-de Fontaine (secrétaire particulier de la Duchesse d’Orléans)

« Révélations sur Louis XVII – Duc de Normandie » -partie II, p.183 (Paris - 1832).

En effet, Napoléon rapporte dans ses « Mémoires » avoir eu connaissance de l’évasion de Louis XVII du Temple (« Mémoires de Napoléon 1er », p. 211).

Mais écoutons aussi Talleyrand, qui fut dans le secret de toutes choses : 

« À entendre Joséphine, Napoléon obtint, dès ce jour-là, la preuve entière et irréfragable de l’existence de Louis XVII ; il en recueillit de toutes parts des lumières si bien que souvent il disait dans son entourage : ‘Quand je voudrai, je sèmerai la discorde dans la famille du Prétendant (le Comte de Provence) »

Talleyrand – « Mémoires » t. III, chapitre XII, p. 289.


Témoignage de S.A.R. Karl Edouard, duc de Saxe Cobourg Gotha

Déclaration sous serment N° 515

« Aujourd'hui, le 4 mai mil neuf cent cinquante (1950) , a comparu devant moi, Willem Arie Schmidt, notaire exerçant à La Haye (Pays-Bas), Monsieur Carel-Joseph Anton Begeer, directeur général des Königliche Niederländische Edellmetall Betriebe de Kempen, Begeer & Vos, AG, à Voorschoten (Pays-Bas). Le comparant a déclaré ce qui suit en présence des témoins mentionnés ci-après:

« Le vendredi dix-neuf août mil neuf cent quarante-neuf (1949), j'ai rendu visite à Son Altesse Royale Carl Eduard duc de Saxe Cobourg et Gotha, au château de Callenberg, près de Cobourg. Au cours de la conversation, le sujet "Naundorf-Louis XVII" fut abordé et je fis part à Son Altesse Royale de certains détails de mes recherches dans ce domaine et lui montrai les résultats d'une enquête bio-généalogique.

« Son Altesse Royale me communiqua au sujet de cet exposé que son défunt beau-frère, feu Son Altesse Royale le Prince August Wilhelm de Prusse, lui avait dit, qu'alors qu'il s'occupait de recherches dans des archives (que moi, Begeer, je ne désigne pas plus précisément dans la présente déclaration) après la première guerre mondiale, il lui advint d'avoir en main le dossier de cette affaire (Naundorf-Louis XVII) et qu'il avait constaté que dans ce dossier, outre les lettres écrites par Louis XVII au président de la police Le Coq, au chancelier d'Etat von Hardenberg et à Sa Majesté le Roi Frédéric Guillaume III, se trouvaient aussi les documents probants qui avaient fait l'objet de tant de recherches et qui avaient été remis en dépôt par Louis XVII à Le Coq, plus tard président de la police et du gouvernement, et dont ressort clairement l'identité de Louis XVII.

« Le comparant a confirmé cette déclaration par serment devant moi, notaire, en présence des témoins mentionnés ci-après. Une déclaration signée par Son Altesse Royale Carl Eduard duc de Saxe Cobourg et Gotha relative à la déclaration ci-dessus mentionnée de Monsieur Carel Joseph Anton Begeer a été agrafée au présent procès-verbal, après avoir été signée par le comparant, les témoins et moi, notaire, rédigée dans les termes suivant:

« Je déclare par la présente que la communication de Son Altesse Royale le Prince August Wilhelm de Prusse mentionnée ci-dessus par Monsieur C.J.A. Begeer m'a ét faite par celui-ci en l'an 1920 au château de Callenberg, près de Cobourg. Callenberg, près de Cobourg, le 27 mars 1950. »

Signé Carl Eduard duc de Saxe Cobourg et Gotha.

Ce dont la minute du procès-verbal a été dressée, à La Haye, le jour mentionné ci-dessus, en présence de Son Excellence Willem baron Snouckaert van Schauburg, membre honoraire de la Société Royale Néerlandaise de Généalogie et d'Héraldique "De Nederlandische Leeuw" et de Monsieur le candidat au doctorat en philologie de l'Université de Dinant Petrus Oosterbaan, archiviste de la ville de Delft, résidant tous deux à La Haye, en qualité de témoins.

Le comparant et les témoins, tous connus de moi, notaire, ont signé ce procès-verbal avec moi immédiatement après lecture Mentions jointes: certification d'enregistrement Attestation de S.A.R. Carl Eduard duc de Saxe Cobourg et Gotha.

Karl-Edouard de Saxe-Cobourg Gotha (1884-1954)

Témoignage sous serment de M. Marcoux, ancien huissier de la Chambre de Louis XVIII et témoin de la rencontre, en 1835, de Louis XVII et d’Etienne de Joly, ancien Ministre de la Justice de Louis XVI aux Tuileries.

Étienne Louis Hector de Joly (1756-1837) fut avocat au Conseil du Roi et devint Ministre de l’Intérieur puis Ministre de la Justice de Louis XVI le 3 juillet 1792. Son service ne dura qu’un mois et sept jours car survint la tragédie du 10 août 1792 où il accompagna la famille royale dans la Salle du Manège et passa le reste de la journée dans la loge du logographe avec elle.

M. Marcoux, ancien huissier de la Chambre de Louis XVIII, le sollicita pour rencontrer un personnage qui disait être Louis XVII mais que ses papiers nommaient « Karl Wilhelm Naundorff ». Il fut immédiatement hostile et refusa puis, après réflexion, il accepta disant : « Vous me semblez de bonne foi et je veux vous désabuser. Pourrais-je voir votre prétendu Prince ? ».

M. Marcoux fut présent à l’entretien à la demande de Louis XVII. Laissons-le témoigner :

« Je me lève et annonce le Prince à M. de Joly. Il se lève et regarde attentivement le personnage qui s’avançait vers lui et qui lui dit : ‘ On m’a informé que vous aviez servi mon père, mon ami ?’… M. de Joly lui répondit : ‘C’est possible, Monsieur’. Le Prince lui dit de s’asseoir et s’assit lui-même en face de lui. Aussitôt la conversation s’engagea sur le fait de l’existence du fils de Louis XVI. Afin de s’assurer si le personnage avait des souvenirs exacts sur les faits que sa mémoire avait pu conserver, M. de Joly prenait à tâche de lui en signaler, en les rapportant tous à rebours de la vérité. Mais le Prince le contredisait aussitôt en rectifiant les erreurs volontaires du Ministre…. Il me parut que ses souvenirs (du Prince) ne lui faisaient pas défaut car M. de Joly les écouta attentivement et ne fit la moindre réflexion. »

« Il fut particulièrement question du transfert de la famille royale des Tuileries à l’Assemblée Nationale. Je me rappelle parfaitement que M. de Joly expliqua au Prince intentionnellement contre la vérité, comment la salle était éclairée et que le Prince lui répondit aussitôt : ‘Vous vous trompez. Je me souviens qu’il y avait de grandes fenêtres’. Je crois même qu’il ajouta qu’elles étaient grillées. Je n’ai point non plus oublié que M. de Joly lui dit ensuite : ‘Vous vous êtes presque toujours promené’ et que le Prince lui répliqua : ‘Non, mon ami, j’étais sur les genoux de ma mère ; je m’y suis endormi ». Enfin, j’ai encore la certitude que M. de Joly dit : ‘Vous avez demandé un morceau de pain à manger’ et que le Prince lui répondit : ‘Je ne me rappelle pas avoir tenu ces propos ; mais je sais que je me suis plaint de la faim et que j’ai mangé de la soupe ».

« M. de Joly, en se retirant, dit au Prince : ‘J’ignore qui vous êtes ; tout ce que je puis attester c’est que vous ressemblez à une personne que j’ai connue.’ ‘Parce que suis la vérité’ dit le Prince. ‘Ce n’est pas là toujours une raison’ répliqua M. de Joly car j’ai trois enfants dont deux me ressemblent beaucoup et l’autre ne me ressemble pas, quoique je croie en être le père’. »

« C’était un lundi (un avant août de 1835) que cela se passait. C’est de cette manière que la conversation s’était longtemps prolongée entre les deux interlocuteurs. On se donna rendez-vous pour le mercredi suivant….Ayant reconduit M. de Joly chez lui je lui demandais : ‘Franchement, que pensez-vous du personnage que vous venez de voir ?’ – ‘Je ne suis pas encore convaincu me répondit-il mais ce que je puis vous dire c’est qu’il a le verbe, les gestes et la démarche de Louis XVI et ce sont de ces choses qui ne s’imitent pas.’ – ‘Eh bien, lui dis-je, vous me faites plaisir de dire cela’. »

« Nous nous quittâmes avec la promesse de nous revoir. Peu de temps après, étant allé à Paris, je fus voir M. de Joly. Quelle fut ma surprise quand, lui ayant demandé s’il avait revu le Prince, il me répondit : ‘OUI, C’EST BIEN LUI, C’EST LE FILS DE LOUIS XVI… AH ! SI JE N’AVAIS PAS ENTENDU DE MES OREILLES ET VU DE MES YEUX JE N’AURAIS JAMAIS CRU. MAIS MAINTENANT RIEN AU MONDE NE POURRAIT DÉTRUIRE DANS MON ESPRIT SON IDENTITÉ AVEC LE FILS DE LOUIS XVI CAR TOUT CE QU’IL M A DIT ÉTAIT A MA CONNAISSANCE ET NE POUVAIT ÊTRE SU QUE DU DAUPHIN ET DE MOI ».

« J’ai lu cette déclaration, dictée par moi et en tout véritable ».

« Signé : Marcoux »

« Ancien huissier de la Chapelle du Palais et honoraire de la Chambre du Roi, demeurant à Versailles, rue des Hôtels n°1. »

Au moment où était obtenu le témoignage de M. Marcoux et celui de M. de Joly (cité après), l’avocat du Prince, Maître Bourbon-Leblanc, plaidait dans le procès qu’intentait Louis XVII à l’État français, en l’occurrence à Louis Philippe 1er, en restitution d’état-civil. Ces reconnaissances irréfutables pesaient lourdement, ainsi que d’autres témoignages, dans ce procès. Ce fut ce qui fit écrire à M. de Joly, en janvier 1837 – trois mois avant sa mort – à Maître Gruau de la Barre alors qu’il aurait bien voulu témoigner de vive voix mais empêché par les affres de l’âge :

« Il faut, cher Monsieur, (dans ce procès) des matières premières et surtout ce matériel pécuniaire sans lequel elle (la requête du Prince) est impossible, et SI NOUS N’AVANCONS PAS, LE LION DÉVORANT (Louis Philippe 1er) QUI NOUS POURSUIT, SE JETTERA ENTRE NOUS ET L’AFFAIRE POUR LA FAIRE ARRIVER A SON ANÉANTISSMENT. »

Et de fait, « l’affaire » fut anéantie par « le Roi des Français »….


Louis XVIII & Talleyrand savent que Louis XVII est vivant et où il réside

Le neveu d’Alexandre de Beaurepaire-Louvagny, Secrétaire du Prince de Talleyrand, raconte dans ses Mémoires :

«  Mon oncle, Alexandre, Comte de Beaurepaire de Louvagny, m’a raconté en 1860, une année avant sa mort, qu’étant Secrétaire du Prince de Talleyrand il fut, à la fin de 1818, peu après le Congrès de Vienne, envoyé en mission à Saint Petersbourg (Russie) ».

« Le Prince de Tallayrand lui donna l’ordre, lorsqu’il reviendrait de Russie, de s’arrêter en Allemagne et de rechercher les traces du Duc de Normandie. Après bien des recherches, mon oncle fut assez heureux de retrouver ces traces. »

« Aussitôt que Louis XVIII fut informé de ce fait, le trop zélé Secrétaire d’Ambassade fut rayé, par ordre du Cabinet du Roi, des cadres de la Diplomatie. »

« Le Comte de Beaurepaire, en rentrant à Paris, apprit ce qui venait de lui arriver. Il s’en plaignit à Talleyrand qui lui répondit : « Je verrai avec le Roi et j’arrangerai l’affaire ». En effet, peu de temps après il fut nommé Premier Secrétaire d’Ambassade à…. Constantinople. En conservant mon oncle dans la Diplomatie on était certain qu’il garderait le Secret d’Etat. Rayé, au contraire, il eût été libre de parler… »

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord ( 1754-1833)

Autre témoignage du Comte de Beaurepaire

Se trouvant en Russie, trois décennies après le règne de Louis XVIII, le Comte de Beaurepaire eut l’honneur d’être présenté au Tsar Alexandre II, il fit à celui-ci une demande :

« Si la Providence permettait que le petit fils de Louis XVI remontât sur le trône, Votre Majesté le reconnaîtrait-il comme Roi ? »

« Oui, et par télégramme, me répondit le Tsar, car j’ai toutes les preuves de son identité à Saint Petersbourg. »

Ce petit fils de Louis XVI, était Charles Edmond « Naundoff » (1821-1866) fils de Louis XVII…


Témoignage de Denis Antoine Marco de Saint Hilaire, ancien huissier ordinaire de la Chambre du Roi (Louis XVI),  reconnaissant en Naundorff le Roi Louis XVII

Denis Antoine Marco de Saint Hilaire (1759-1843) fut, avant la Révolution, « huissier ordinaire de la Chambre du Roi », poste qui l’avait mis en contact quotidien avec les Souverains et leurs enfants. Il connut donc bien Charles-Louis, devenu Dauphin le 4 juin 1789, à la mort de son frère aîné, Louis-Joseph.

Louis XVII, sous le faux nom de « Naundorff », arriva à Paris le 26 mai 1833 de Crossen (Prusse) où il vivait. Il rencontra son « ancienne «  berceuse », Madame Agathe de Rambaud, en août 1833, qui reconnut officiellement en Naundorff le roi Louis XVII (cf. les témoignages publiés), et alla avec celle-ci, accompagné de l’archiviste-paléographe à la Préfecture de Niort, M. Geoffroy, chez M. et Mme Marco de Saint Hilaire le soir du 14 août 1833 à Versailles où ces derniers résidaient ; ils y séjournèrent quelques temps et se revirent très souvent par la suite. La reconnaissance de Louis XVII dans le personnage de « Naundorff » fut émouvante

Voici le témoigne de Denis Antoine Marco de Saint Hilaire, laissé comme testament chez son Notaire :

« Je soussigné, Marco de Saint Hilaire, âgé de 76 ans, ancien huissier ordinaire de la Chambre du Roi (Louis XVI), servant près de S.A.R. Madame Victoire de France, déclare et certifie devant Dieu et devant les hommes :

- que le Prince Charles-Henri, Duc de Normandie, né le 27 mars 1785 de Louis XVI et Marie Antoinette, est existant, et que depuis seize mois que je l’ai vu habituellement, j’ai été à même de m’en convaincre ;

- que maintenant, et à raison du laps de temps qui s’est écoulé depuis la mort de l’infortuné Louis XVI, il serait difficile de trouver d’anciens officiers de la Maison du Roi qui puissent constater l’identité de ce Prince, avec son auguste père, parce qu’il ne suffit pas pour cela d’avoir vu Louis XVI mais qu’il faut encore l’avoir journellement dans son intérieur, ce dont les fonctions de ma place me donnaient la facilité…

-qu’au nombre de ses souvenirs d’enfance le prince m’a rappelé différentes dispositions et constructions qui existaient dans le parc de Versailles et qui ont été détruites immédiatement après la mort du roi et dont les personnes, actuellement âgées de 40 ans, n’ont jamais eu connaissance ;

- Qu’enfin ma conviction est telle qu’il n’est au pouvoir de personne de la détruire ;

- qu’en faisant cette déclaration, j’atteste en mon âme et conscience que je ne suis mu par aucun sentiment que celui de rendre hommage à la vérité et à la justice. »

« Versailles, le 17 décembre 1834 »
« Marco de Saint Hilaire »

Ce document a été publié en 1835 dans le n°24 du journal de l’époque « Justice » et reste en archive notariale et en copie dans les archives familiales. Une copie se trouverait (à vérifier) dans les Archives Départementales des Yvelines


Louis XVIII et Charles X savaient que Louis XVII était vivant…

Louis XVIII, encore Comte de Provence à l’époque, sut dès fin juin 1795 que son neveu avait été évadé du Temple (témoignage de l’Avoyer de Berne de ce que les chefs vendéens étaient venus à Vérone pour informer le frère de Louis XVI). Il le savait d’autant plus que la Cour de Vienne, ayant eu le procès verbal de cette évasion fin juin 1795, refusait de le reconnaître comme Roi mais seulement comme « Régent »…

Pourtant, il se battit bec et ongles pour se faire reconnaître comme « Régent » (dès l’exécution de la Reine) et surtout Roi en 1814. Il garda ainsi le trône mais, pris de remords ?... il écrivit un testament enjoignant son frère Artois de donner la Couronne à leur neveu vivant.

Le testament fut brûlé par le Cardinal de Latil et Artois, malgré ses convictions religieuses et ses craintes mais séduit par la position suprême, devint Charles X.

Voici le témoignage de la fille de M. de Brémond (ancien secrétaire de Louis XVI aux Tuileries) sur le comportement de ces deux Rois usurpateurs, dans une lettre datée du 2 juillet 1872, adressée à Madame Amélie de Bourbon, fille du faux « Naundorff »/Louis XVII :

Louis XVIII ( 1755-1824 ) & Charles X ( 1754-1836)

« A la Restauration, mon père fut retrouver Louis XVIII pour lui faire connaître l’existence de Louis XVII. Le Roi loua sa fidélité et lui dit que s’il voulait s’attacher à sa personne et le servir avec le même zèle, il serait récompensé d’une brillante fortune et d’un emploi des plus honorables. Mon père refusa : pendant la nuit, la police secrète vint l’éveiller ; une voiture était prête ; on le reconduisit à la frontière avec défense de remettre les pieds sur le sol français. « 

« Charles X étant monté sur le trône, mon père crut devoir tenter une démarche auprès de lui. Il reçut le même accueil, les mêmes louanges et les mêmes promesses que de Louis XVIII ; il fit le même refus. Dans la nuit, la police secrète vint le prendre à son hôtel pour le conduire aux frontières. Charles X lui envoyait gracieusement son portrait en lui faisant savoir que, le jour où il voudrait le reconnaître, il sera reçu à bras ouverts ».

Signé :
Louise Ducret, née de Brémond


Témoignage de Pauline de Tourzel, compagne de jeux d’enfant du Dauphin Charles-Louis, futur Louis XVII

Dès qu’il arriva à Paris, le 26 mai 1833, le faux « Naundorff », Louis XVII, demanda à Madame Albouys – qui le logeait rue de Seine – de rencontrer Pauline de Tourzel, la fille de sa Gouvernante et compagne de ses jeux d’enfants (décidément la rue de Seine joua un rôle dans la vie de Louis XVII car c’est là qu’il fut mené tard dans la soirée du 12 juin 1795 après l’évasion du Temple).

C’était une demande risquée pour un prétendu imposteur car la foule de détails et de souvenirs à laquelle Pauline allait le confronter ne permettrait pas des réponses vagues et des erreurs ; l’examen du « prétendant » serait très pointu et cela, Louis XVII le savait. Mais il savait aussi qu’il était bien le fils de Louis XVI et qu’il se souvenait parfaitement de leur passé enfantin.

Louis XVII écrivit à Pauline, demandant la rencontre et lui citant sciemment les innombrables souvenirs qui les unissaient dès août 1789 lorsque la mère de celle-ci fut nommée Gouvernante des Enfants de France. Il y eut les jeux aux Tuileries, la fuite vers la Salle du Manège le 10 août 1792, puis les six jours passés ensemble au Temple que Pauline quitta dans la nuit du 19 au 20 août 1792 où ils se virent pour la dernière fois. Elle avait été comme une grande sœur, étant de quatorze ans son aînée.

Le faux « Naundorff » écrivit, en effet, des détails d’une précision troublante, notamment – à ce que rapporta Pauline plus tard – les mots qu’ils échangèrent dans la voiture qui emmena la famille royale, Madame de Tourzel, Madame de Lamballe et elle, dans la soirée du 13 août 1792, au Temple. Seul le vrai Dauphin pouvait savoir la teneur de cette conversation, comme seul lui savait comment furent organisés leurs premiers jours dans cette prison, l’agencement des chambres et des meubles… Ceci la bouleversa tellement qu’elle narra tout cela à son fils qui le transmit à son petit fils, lesquels témoignèrent.

Pauline de Tourzel (1771-1839)

L’Abbé Jouy dit à Louis XVII qu’il était présent lorsque Pauline ouvrit la lettre que celui-ci lui avait adressée. Il lui dit aussi qu’après l’avoir lue, elle acquiesça :

« C’est bien véritablement le fils de Louis XVI mais ma position ne permet pas que je lui donne mon témoignage écrit ».

En effet, mariée depuis 1801 au Comte Alexandre de Brassac de Béarn, homme de Louis XVIII, elle ne pouvait ouvertement et officiellement reconnaître celui qui était le cauchemar du maître de son époux.

Toutefois, ce ne fut que bien plus tard que ses petits enfants témoignèrent :

son petit fils, Prince de Béarn, rapporta, un peu avant sa mort, au Père Joseph qui se trouvait près de lui. Ce dernier témoigna officiellement de leur conversation. Le Prince de Béarn dit :

«  …je ne le crois pas (que Louis XVII soit mort au Temple) et j’ai une preuve certaine qu’on le fît évader de sa prison ».

Il fit le récit de la conversation qu’eut sa grand-mère avec le Dauphin dans cette voiture de transport vers le Temple (confondant, dans sa narration, avec le voyage vers Varennes) :

«  Ma grand-mère était assise dans la voiture à côté du Dauphin et ils eurent alors entre eux une conversation intime. Or, lorsque Louis XVII vint à Paris en 1833 pour se faire reconnaître, ma grand-mère le reconnut parfaitement par ce qu’il lui rappela dans les détails et la conversation intime qu’ils avaient eue entre eux dans la voiture... Ainsi je suis sûr que Louis XVII….c’est celui-là qu’on a voulu ensevelir sous le nom de « Naundorf ».

sa petite fille, Blanche de Béarn (Sœur Vincent en religion) :

« Mon père (le fils de Pauline) nous a dit bien des fois qu’à partir de 1815 il avait accompagné souvent Madame Royale sur la tombe du Roi, de la Reine, de Mme Elisabeth… mais jamais il n’a été question de celle de Louis XVII. Madame Royale a toujours cherché son frère… Mon père et bien d’autres personnages de l’entourage royal m’ont répété souvent que Naundorff avait demandé à être reçu (par sa sœur)… mais que Madame Royale ne put jamais le voir ; le Duc d’Angoulême et l’entourage du Roi l’en empêchèrent… Elle (sa grand-mère, Pauline) savait que Louis XVII n’était pas mort mais qu’il avait été soustrait au Temple et remplacé par un autre enfant. J’atteste ce que je viens de dicter tout ce qui précède et j’en garantis la véracité ».

Rouen, le 28 février 1904- Blanche de Béarn-Soeur Vincent


Témoignage / regret de Barras concernant Louis XVII confié à Madame Delmas, nourrice du Duc de Berry, fils du Comte d’Artois.

Paul de Barras (1755-1829)

Madame Delmas, nourrice du Duc de Berry (1778-1820) fils du Comte d’Artois (futur Charles X), laissa un témoignage signé sous serment de l’enlèvement de Louis XVII du Temple :

« J’atteste sur la foi du serment que le jeune Prince a été enlevé dans une bière. Il était encore au Temple lorsque le jeune enfant de l’hôpital mourut et cette mort est la cause de l’évasion du Prince. Madame de Beauharnais sous le Directoire…. m’a fait comparaître devant Barras après l’avoir instruit de l’amour que je portais au fils du Roi-Martyr… »

« Je l’ai rencontré (Barras) en 1824 sur le Quai aux Fleurs ; il m’a reconnue et moi, je n’ai pu le reconnaître que par un signe qu’il avait sous l’œil gauche, tant il était changé… Il me dit :’  De quelle injustice on s’est rendu coupable envers le Prince-Martyr !…’ ».


La mort civile de Louis XVII, vue par un chroniqueur de son temps qui témoigne

« Un Roi que l’intrique a découronné est toujours un imposteur lorsqu’il n’a pour juge que la puissance intéressée à le déclarer tel ».

« Souvenirs d’un demi siècle ». T.VI (1836, éd. Dumont, Paris)

Georges Touchard-Lafosse (1780-1847) – journaliste, chroniqueur et témoin de son temps sut l’évasion de Louis XVII et la mort civile qui lui fut réservée par la suite par ses oncles usurpateurs.

Georges Touchard-Lafosse ( 1780-1847)
Témoignage de Prieur de la Côte d’Or
Claude-Antoine Prieur-Duvernois dit « Prieur de la Côte d'Or » (1763-1832)

« Barras, Tallien et Fréron, d’accord avec Joséphine, maîtresse de Barras, ont sauvé le Dauphin et pour être sûr du silence on a fait empoisonner le fameux chirurgien Desault et dernièrement le médecin Jeanroy »

Prieur de la Côte d’Or ( Conventionnel) - (Archives Nationales F.7-6633-1370-Note de police)


Autres témoignages :

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