L’ÉVASION DE LOUIS XVII DU TEMPLE - PHASE I du 23 au 25 mai 1794

«Une tentative» de Robespierre

    Introduction

    Il nous faut préciser, pour bien comprendre les enjeux de l’époque autour de la libération de Louis XVII, que ce dernier était un otage précieux (tout comme il le sera plus tard dans les griffes du Roi de Prusse) car deux partis s’affrontaient dans cette affaire :

    • - Les royalistes (dit « parti de l’extérieur ») qui aidés par l’Angleterre, voulaient cette libération par fidélité à la Monarchie (les chefs vendéens, Mme Atkyns, amie de la Reine, qui finançait, jusqu’à finir ruinée, les tentatives d’évasion et celle, réussie, de Louis XVII, etc..) ;

    • - les révolutionnaires (dit « parti de l’intérieur ») : chacun de ceux-ci œuvrait pour son compte en ayant des desseins devant satisfaire sa soif personnelle de pouvoir et de richesses : rendre le trône à Louis XVII et devenir Régent dans l’attente de la majorité de celui-ci.

    Tout ce que nous vous présentons ici, sur ce sujet si important, se fonde sur des Archives Nationales, sur des témoignages déclarés à une Instance légitime (tribunal, notaire), pièces retrouvées et citées dans des « Mémoires » du temps.

Le projet de Robespierre

Il a toujours été très difficile pour les historiens d’élucider le comportement indéchiffrable de Robespierre quant au rôle de ce personnage pendant la Révolution de 1789 à 1794.

Mais une précision pour mieux saisir ce caractère, éclaire notre sujet. En effet, voici ce que dit le Conventionnel Edmé Bonaventure Courtois (1754-1816) dans son « Rapport à la Convention » d’août 1795. Courtois avait été chargé de dépouiller les papiers saisis chez Robespierre après la mort de ce dernier le 28 juillet 1794. (Rapport Courtois - BNF).

Il écrivit :

« Robespierre se fit républicain sous la monarchie et monarchiste sous le gouvernement républicain »

Tome I-p. 25

Monarchiste, Robespierre le fut pour plusieurs desseins dans certains desquels la survie de Louis XVII était indispensable : il envisageait d’épouser Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, et devenir ainsi le Régent pendant la minorité du jeune Roi. Ce projet fut rapporté par Maret, Libraire au Palais Royal et ami de Robespierre qui livra ce « secret » au Conventionnel Barère de Vieuzac (« Mémoires de Barras » tome 1, p. 204).

Toutefois, dans la tournure que prenaient les évènements pendant cette époque de grands périls, Robespierre correspondit secrètement avec Louis XVIII, émigré à Coblenz, pour sauver la Monarchie et/ou pour s’assurer aussi un avenir politique dans l’éventualité d’un retour sur le trône du frère de Louis XVI, certainement (correspondance retrouvée dans les papiers saisis et donnés à Courtois).

Dans ces perspectives d’avenir (devenir Régent et donc maintenir Louis XVII en vie) Robespierre organisa l’enlèvement de l’enfant royal du Temple. Le document trouvé, (que nous présenterons ci-après) attestant cela, précise que ce fut pour un« essai », prévoyant une évasion définitive ultérieurement. On ne sait au juste pourquoi ce ne fut qu’une tentative. Ceci se fit avec la complicité d’autres Conventionnels.

Considérons les étapes de tout ce procédé appuyé sur des documents.


Les Archives attestant ce projet
  • « The manuscripts of J.B. Fortescure. ESQ., preserved ad Dropmore. Francis Drake to Lord Grenville. T.2, pp. 574 et 582 » ; le texte est en français» et copie aux Archives du Foreign Office (Angleterre).
  • « Mémoire » de Marie-Thérèse Charlotte de France (Ed. Mercure de France- 1968 – p.169) rédigé alors qu’elle était encore au Temple :

« Il vint un jour un homme que je crois qui était Robespierre ; les municipaux avaient beaucoup de respect pour lui. Sa visite fut un secret pour les gens de la Tour qui ne surent pas qui il était ou qui ne voulurent pas me le dire. Il me regarda insolemment, jeta les yeux sur les livres et, après avoir chuchoté avec les municipaux, il s’en alla ».

Cette visite eut lieu en mai 1794. Certainement après le 10 de ce mois où fut exécutée Madame Elisabeth; venait-il alors pour voir la nouvelle "fiancée" qu'il se réservait?

  • « La Gazette Nationale » ou « Le Moniteur Universel »

«Le Moniteur universel» (ou plutôt « Gazette Nationale ou Moniteur Universel ») fut longtemps l’organe officiel du Gouvernement français dès 1789. Y étaient rendus compte, entre autres, de tous les Actes de la Convention et des délibérations de celle-ci. Ce journal fait donc partie des Archives Nationales.

Le Moniteur Universel du 14 vendémiaire an III (5 octobre 1794), donc deux mois et une semaine après l’exécution de Robespierre- nous apprend qu’ « un Comité secret avait été institué », bien avant mars et avril 1794, sous l’instigation de Robespierre avec la participation de Danton, Pache et Chaumette pour « proclamer le jeune Capet Roi de France ». Pourquoi ce Comité secret avait été institué bien avant mars et avril 1794 ? Parce qu’en ces deux mois Robespierre poursuivit ses complices d’un temps et les fit condamner et exécuter, les uns le 24 mars 1794 et les autres les 5 et 13 avril 1794. Ce Comité se réunissait à Charenton.

Ceci fut révélé par Cambon dans son intervention que « Le Moniteur » sus-cité rapporte :

« Il est temps que je dévoile des secrets qui ont dû être ensevelis jusqu’ici…Il existe un registre secret que 6 membres du Comité de Salut Public eurent le courage de signer.  Ces membres étaient Guyton, Lindet, Bréard, Delmas, Barère et moi-même. Robespierre y était, en accusé  »

(car on avait eu vent qu’il voulait libérer Louis XVII).

Il est précisé aussi, toujours dans ce même « Moniteur », qu’

« on nous apprit que Danton allait à Charenton avec Robespierre pour y combiner des mesures… dans le même temps on nous dénonçait que dans des conciliabules il était question de proclamer le jeune Capet Roi de France ».

Nous allons expliciter dans les lignes qui suivent ce qui advint.


Exécution du projet : 23 -24 mai 1794

François Héron (1746-1796), membre du Comité de Sûreté Générale, était l’agent secret de Robespierre. Il adressa un rapport à Sir Francis Drake, diplomate britannique à Paris, pièce qui fut retrouvée dans les papiers de Lord Grenville, Ministre des Affaire Étrangères de l’Angleterre, et qui se trouve en copie dans les Archives de ce Ministère à Londres (Cf. The manuscripts of J.B. Fortescure sus cité).

Voici ce qui est y est dit :

«  Dans la nuit du 23 au 24 mai 1794, Robespierre alla chercher le jeune Roi au Temple et le conduisit à Meudon. Le fait est certain quoi qu’il ne soit pas connu du Comité de Salut Public. On croit être assuré qu’il a été ramené au Temple la nuit du 24 au 25 mai et que ceci était un essai pour s’assurer de la facilité de s’en emparer …. Le 30, le Roi était rentré au Temple».

Le motif officiel, donné par F. Héron à Sir Francis Drake fut que pour se protéger de tout enlèvement du jeune Roi, quelques membres de la Convention firent un « essai » pour mieux cerner le processus et donc se prémunir… Pour un motif ignoré, comme nous l’avons précisé, l’enfant dut être ramené dans sa prison.

Louis XVII est ramené au Temple

Dans la nuit, donc, du 24 au 25 mai 1794, le jeune Roi revint au Temple. On allait maintenant organiser la véritable évasion, Robespierre ne s’attendant pas au sort qui l’attendait deux mois plus tard. C’est ce que confirme un papier, griffonné à la hâte dans la première semaine de juin 1794, qui fut trouvé deux mois plus tard (28 juillet 1794) dans un carnet appartenant à l’agent national Claude François Payan (1766-1794), représentant de Robespierre au Temple, et versé après dans les documents trouvés chez Robespierre et confiés à Edmé Courtois que nous avons sus cité. Ceci aussi se trouve aux Archives nationales (Rapport Courtois - BNF).

Dans cette note est exactement mentionné ce qui suit :

« 1° Cuisinier à nommer – 2° Faire arrêter l’ancien- 3° Villiers, l’ami de Saint-Just à employer – 4° Charger le Maire et l’agent municipal de l’exemption – 5° Nicolas instruira Villiers – 6° Opium – 7° Un médecin – 8° Nomination des membres du Conseil – 9° Placer les deux ou trois premiers jours des nouveaux – 10° Procès verbal, nous présents ».

L’organisation de cette évasion prévoyait de conduire le jeune Roi à nouveau à Meudon, en l’endormant avec de l’opium, un médecin étant requis pour veiller sur lui, un cuisinier (probablement Gagnié, cuisinier au Temple pour la famille royale et mis dans le complot, comme le déclarera plus tard, dans son interrogatoire de 1816 la veuve Simon) devant le servir, des gens fidèles à Robespierre devant être placés près de lui (Nicolas, garde du corps de Robespierre et Villiers, domestique de Saint Just).

Rien de cela n’arriva, comme on le sait. La loi scélérate du 22 prairial an II (10 juin 1794) approchait. La France était en ébullition. La Terreur fut « à l’ordre du jour »… La chute de Robespierre empêcha ce projet et l’enfant royal se vit relégué dans sa chambre, abandonné et devant vivre pendant deux mois, de ce 25 mai au 28 juillet 1794, dans la saleté et l’obscurité.

La suite est étudiée dans la Rubrique « Le Traité de la Jaunais ».


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